Ataraxie goes to Madrid, ou comment avoir le gros son avec une boîte à déjeuner quand on est un guitariste voyageur...
Par Doomfred le mercredi, septembre 16 2009, 02:06 - Guitares & matos - Lien permanent
Bonjour tous !
Au moment où j'écris ces lignes, je rentre à peine d'un week-end en Espagne, où mon groupe Ataraxie s'est produit ce vendredi au festival « Madrid is the Dark ». A peine rentré samedi soir, que je devais remettre le couvert le lendemain avec Voodoo Planet pour un petit showcase fort sympathique, histoire de faire un peu de pub pour l'école de musique où sont inscrits notre batteur et notre bassiste.

Le point commun entre ces deux concerts ? L'encombrement dont je disposais pour emporter mon matériel et le disposer. Pour vous donner une idée des contraintes: nous disposions d'un bagage de soute et d'un bagage de cabine. Lequel ne pouvait excéder 55 x 40 x 20 cm.
Sachant que la bagage de soute était ma Takamine GX100 « Jormungand » amoureusement protégée par un flightcase SKB (et calée avec les vêtements de change que j'allais porter tout le week end), ne restait plus que l'option du bagage de 55x40x20cm pour m'en sortir et tenter de ramener un maximum du « gros son » qui fait la réputation d'Ataraxie.

Evidemment, l'option qui aurait consisté à amener avec nous nos têtes Laboga était parfaitement infaisable, car trop lourdes, trop fragiles et trop encombrantes. Ne restait plus donc qu'à se creuser le ciboulot.
Le son d'Ataraxie se compose pour ma part de 3 composantes distinctes plus une contrainte:
Premièrement, le son saturé: doit être harmoniquement riche, tranchant sans être perçant, équilibré (ni trop creusé dans les médiums, ni trop chargé de ceux-ci).
Deuxièmement, le son clair: doit posséder une reverb profonde qui accompagne l'instrument, être à l'équilibre avec le son saturé, bien réagir sur les 3 positions de micro de ma guitare.
Troisièmement, il arrive que sur certaines chansons, s'ajoute un tremolo à vocation « vintage ».
Contrainte: être capable de couper n'importe quand et proprement le son.
Contrainte supplémentaire que j'oubliais: Je dois, comme avec ma tête et mon pedalboard habituel, pouvoir agir sur les réglages en direct, facilement et rapidement. Exit donc les sons à base de multieffets divers et variés, qui ne permettent pas cette édition « à la volée ».
Restait donc l'option « à la carte », à savoir de sélectionner quelques pédales, et les intégrer dans un pedalboard le plus compact possible (pour ma part: un Stagg de 42 cm x 20 cm).
Sélectionnés d'office: un accordeur Korg Pitchblack, compact, qui fasse aussi office de mute switch. Egalement, une pédale Boss LS2 Line Selector, qui me permet de créer un circuit de deux boucles distinctes (une pour le clean, une pour le saturé), et de régler le niveau de chacune.
Reste à bâtir le reste des sonorités. Pour la reverb, j'ai pris le modèle le plus compact possible chez mon endorseur G-Lab, à savoir la DR-1: l'effet reverb est constamment en fonction, mais deux réglages sont possibles selon le canal sélectionné.
Le tremolo reste quand à lui l'excellent et petit effet Danelectro Tuna melt, petite pédale jaune carossée comme une vieille bagnole américaine des sixties.
Reste plus qu'à s'occuper du son saturé. Je suis parti d'une base « Marshall JMP boosté » en prenant une Tonerider British Distorsion, dont j'ai réglé le niveau de distorsion relativement bas, mais boostée par un SolidGold FX Rock Machine. Cette dernière est une pédale de boost de type Rangemaster à transistors au germanium, comme en utilisaient Tony Iommi, Brian May ou Jeff Beck à l'époque... et croyez-moi, ces pédales sont hautement addictives et dangereuses ! On sait pourquoi ils n'arrivaient plusà s'en passer !
Enfin, pour rectifier la couleur sonore de tout ça, une pédale très compacte, la Danelectro Fish'n'chips fait office d'Eq graphique.

Voilà pour le pedalboard... restait à trouver dans quoi brancher tout cela.
Et c'est là que les coincidences faisant bien les choses, mon ami Georges de Guitars Addicts m'appelle pour me parler d'une ligne d'ampli démentielle qu'il va bientôt importer. Tellement démente même, que ZZ Top a intégralement enregistré l'émission de VH-1 « Storytellers » avec.
Nom du bouzin: la Lunchbox. Comme son nom l'indique, il a le format de ces boîtes à déjeuner qu'on voit parfois dans les films américains, ou si on préfère une référence plus proche de la notre, un peu plus gros que ces boîtes à biscuits dans lesquelles on vous vend des galettes bretonnes du coté du mont saint michel... vous voyez le trip ? 25 cm sur 19 cm, 10 cm de profondeur, et voilà.
Là dedans, il y a un ampli délivrant 130W RMS en classe AB, doté d'un gain, d'un volume, d'une tonalité, et d'une reverb qui sert plutôt à donner un caractère « ouvert » ou « fermé »à l'ampli, et un petit HP de 6.5 pouces capable de pousser fort. Poids: 5 kg à tout casser.
Ni une, ni deux, l'essai s'impose. Je veux dire, je suppose que vous êtes comme moi, quand on vous propose un truc comme ça, soit c'est de l'esbroufe totale, soit c'est un truc révolutionnaire. Et connaissant Georges, la deuxième option me semblait plutôt plausible... mais il fallait voir de par moi-même.
J'arrive donc chez lui, branche une strat monster relic qui traînait par là, et commence avec gain et volume à zéro, tone à midi. Prudemment, je monte les deux potards, gain et volume conjointement. À 1/1, ça joue déjà passablement, mais encore rien de bien méchant niveau volume sonore. Le grain de l'instrument est respecté, le son est assez chargé en médiums, petit HP oblige, mais est ultra musical.
Du coup, je commence à jouer un peu sur les combinaisons gain/volume, histoire de voir... et tout se passe comme sur un de ces bons vieux amplis à lampe: gain poussé, le lunchbox crunche de la plus belle des façons. Puis je monte le volume pour voir jusqu'où on peut aller... et à même pas 1/3 de la course, je dois m'arrêter, tellement le petit ampli envoie fort !
Revenant à un son clair, je décide de brancher une pédale dedans pour voir comment la boîte à biscuit réagit: admirablement, je dois dire !
Du coup, je propose immédiatement à Georges de lui faire un « crash test » en vrai: à Madrid, l'ampli qui me donnera le son sera le Lunchbox, à défaut d'une super tête d'ampli qui traînerait par là...

Sitôt dit, sitôt fait: le jour dit, je me présente à l'aéroport avec ma guitare, et un sac à dos. A plat au fond, le lunchbox fait partie du voyage. Juste au dessus, le pedalboard garde tout le reste (pédales, câbles, alims) au chaud et bien protégées.
Evidemment, la sécurité est un peu curieuse de ce qui se trame dans mon sac, mais aucune matière dangereuse n'étant décelée, on me laisse très vite reprendre mon sac pour embarquer.
Sur place, les conditions sont des plus roots pour nous: pas de soundcheck avant le concert, il va donc falloir tout régler sur place, et jouer dans la foulée.
Heureusement, le gros du boulot est déjà fait, mes pédales étant à peu près préréglées dans leur pedalboard pour sonner sur le Lunchbox avec son HP d'origine.
L'ampli que l' on me propose est un Marshall JVM sur un baffle 1960A. J'ai le temps de constater que pendant les balances accordées au seul groupe qui joue en tête d'affiche, il sonne absolument affreusement (bon, je n'avais pas vu que le guitariste avait à ses pieds une Boss MT-2, sinon je lui aurai peut être donné sa chance...). Le groupe qui nous précède et ouvre le festival ne fait absolument pas mieux... j'étais déjà bien chaud, mais là plus d'hésitations !
Quand vient notre tour, je commence donc par soigneusement débrancher la tête Marshall de son baffle, puis je pose le Lunchbox sur la tête JVM et utilise un câble HP pour le relier au baffle 1960. en prenant du recul, je m'amuse particulièrement de voir ce petit machin gris en haut du stack... quoi, mon son va sortir de ce moucheron ?

Quand 2 minutes plus tard, le pedalboard est branché, que je commence à envoyer prudemment le son, il faut bien me rendre à l'évidence: ça le fait, et grave. Le son est peut être plus resserré dans le médium qu'à mon habitude, mais je pense que la pédale est largement responsable de cela, et de plus ce n'est absolument pas gênant, puisque se resserrant autour du spectre naturel de la guitare, je suis sûr de percer dans le mix.
Deux-trois potards réglés plus tard, et c'est parti... je me rend compte bien vite que je joue vraiment, vraiment fort, et pourtant le lunchbox n'a son potard de gain poussé qu'au tiers et son volume qu'à la moitié ! La foule réagit au poil, la sale étant pleine et archibondée de fans déchaînés, tout se passe franchement comme dans un rêve.

Du coté des collègues guitaristes (nous jouions avec un groupe espagnol, un suédois, un danois et un américain), les mâchoires se décrochent: « dis-donc, ça sonne super bien et super fort ! t'es sûr que tu triches pas ? » Certain camarades ! C'est bien ce petit machin qui m'a filé ce son de malade !
« Waw, quand je pense à tous les concerts que je fait où je dois prendre l'avion... ça sonne ! Et pis putain, pourquoi se faire encore chier avec une grosse tête d'ampli?! Il m'en faut un ! Dis donc, on peut trouver ça où ? »
Hé bien, ami Danois, dans ton pays je ne sais pas, mais je peux prédire qu'en France, le Lunchbox va faire un putain de carton ! Moi j'en ai déjà demandé un au père Noël pour tout vous dire. Autant de puissance et qui sonne aussi bien dans si petit, moi j'avais jamais vu, et j'en redemande !
Merci au fêlé qui a inventé ça et à Georges qui a eu l'idée de l'importer ! Ce machin est juste dément !

P.S.: juste pour confirmer mes impressions de Madrid, j'ai rejoué sur le même équipement sur une scène en plein air, le Lunchbox poussant une gamelle 1x12 en EV12L de 200W... en plein air, je n'ai pas eu à le pousser à plus d'un tiers, sans repiquage sono !
LIENS: site officiel de ZT Amplifiers
site officiel de l'importateur français

Commentaires
"vous en avez rêvé, Doomfred l'a trouvé". ça fait envie ton lunchbox, le son sur la vidéo de voodoo planet m'a bien plu.
c'est plutôt Georges qui l'a trouvé... moi j'ai fait que tester ! j'ai pas précisé un truc: cet ampli va sortir à un tarif TTC d'à peine plus de 300€
M'en faut un
Sinon, y'a une erreur dans ton lien vers ZT, il faut virer le tiret de l'adresse.
une tres belle facons de voir les choses oui meme si je suis ps convaincu que ca peut parcher